Mon identité culturelle n’est pas un costume !

Ma culture n'est pas un costume

Le temps (béni ?) d’Halloween est arrivé. Si vous êtes un adepte de cette fête païenne vous êtes surement à la recherche d’un costume. Or, la limite entre l’expression personnelle créative et le deguisment culturellement offenssant est souvent très fine. Dans son livre Who Owns Culture : Appropriation and Authenticity in American Law, L’avocate américaine Susan Scaridi dépeint les enjeux de cet habillement de fête.

Pourquoi cette question resurgie chaque année pour Halloween

Halloween est une fête occidentale très prisée par les Nord-américains. À l’origine les WASPS revêtaient des déguisements de démons et de sorciers pour effrayer les mauvais esprits. Aujourd’hui cette dimension religieuse a disparu pour laisser place à des costumes plus “fun” laissant libre cours à notre imagination personnelle. James Bond, policiers, indiens tout semble permis. Or, ces déguisements peuvent poser problème lorsqu’ils sont la parodie d’une culture différente de la nôtre.  Ce qui peut être perçu comme un acte anodin peut provoquer chez la culture grimacée un sentiment de déshumanisation voire celui d’un manque de respect. Cette question se pose alors : Suis-je un fantôme, une licorne ou un être humain?

“Porter le costume d’un ex-président, d’un sorcier ou d’un personnage Disney est tout à fait acceptable. Contrairement à un sari, un kimono ou un hijab, chose que vos voisins sont susceptibles de porter tous les jours. Cela peut dépasser les limites. Chaque culture possède des éléments sacrés qui ne doivent pas être outragés.”

Bien sûr, vous êtes en droit de penser que, penser constamment au politiquement correct, même pendant au moment de d’instant festif peut être poussif. Après tout, le principe même d’halloween est de caricaturer des personnes et des métiers différents de nous.

Néanmoins, nombreux sont ceux qui, pensant avoir une bonne idée ont créé un Bad buzz ou offensé un proche, même de manière involontaire.Ainsi, chaque année à cette même période, des costumes jugés choquants ou racistes suscitent des réactions violentes sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Depuis 2015, certaines universités nord-américaines telles que Yale et Quant font circuler des directives déconseillant fortement tout accoutrement “ignorants culturellement » et « insensibles », pouvant heurter certaines minorités. Les messages précisaient de bannir les coiffes à plumes, turbans et autres artifices de type blackface. » (Galipeau, 2016)

À l’Université Duke, en Caroline du Nord, des étudiants ont lancé une campagne de sensibilisation : “Nous sommes une culture, pas un costume” [We are a culture, not a costume].

Ce n'est pas qui je suis et ça n'est pas OK | Tu portes ce costume pour une nuit j'en porte les stigmates pour la vie
Ce n’est pas qui je suis et ça n’est pas OK | Tu portes ce costume pour une nuit j’en porte les stigmates pour la vie

La question de l’appropriation culturelle :

 

Cette question relève de l’appropriation culturelle. C’est le fait de s’approprier des éléments de la culture de quelqu’un d’autre sans permission.

Apprécier une culture, sa cuisine son histoire n’a rien de contrariant. C’est ce qu’on appelle l’appréciation culturelle. Au contraire la singer ou remettre en cause son système de valeurs, ça l’est ! La caricature peut alors, être une forme d’agression très violente.

De nombreuses minorités sont victimes de discriminations et d’agressions (intentionnelles ou non) tout au long de l’année. Porter un déguisement à leur effigie d’eux va donc accentuer leurs sentiments d’infériorité.

Ce qu’on appelle la “blackface” par exemple est un symbole d’oppression remontant au colonialisme. Cette pratique très populaire dans les années 1920 était une forme de divertissment consistant à singer dans des comédie des personnages noirs. Ces derniers étaient totalement stéréotypés, représentés comme des êtres ignorants et superstitieux, doués uniquement pour la musique et la danse. On peut alors comprendre pourquoi ce sujet est épineux.
Dans la même logique, le détournement d’un vêtement religieux de tous les jours comme un hijab est un manque respect. Cela représente de fait, une attaque aux croyances les plus intimes d’une personne.

L’appropriation culturelle peut être particulièrement offensante dès lors que la personne qui “emprunte” la culture est socialement privilégié ou fait partie de l’ethnie qui a elle-même oppressé la personne singée. Cela participe à la banalisation de cette oppression et au maintien des stéréotypes.

NON, ce n'est pas cool, ce n'est pas comme si tes ancêtres avaient tué tous les miens.
NON, ce n’est pas cool, ce n’est pas comme si tes ancêtres avaient tué tous les miens.

Quelques règles basiques pour s’en sortir

En cas de doutes et pour éviter tout imper. Susan Scaridi préconise la méthode des 3 S

Source : Pensez premièrement à la source et à l’histoire du déguisement culturel utilisé: Cette culture a-t-elle,  historiquement subi des discriminations ? ou a-t-elle été oppressée (africain, amérindien, musulman) ? Si oui passer votre chemin.

Signification : Quel est la signification de ce que vous porter ? Est-ce quelque chose de sacrée ? Avec un sens profond ? « Il est très important que les gens comprennent qu’un costume, c’est une forme de communication », explique l’avocate. Si vous enfilez une coiffe amérindienne, «il faut être conscient que votre message pourrait être perçu comme un manque de respect ».

Similarité : Enfin, posez vous ces questions : Etes-vous en inspiré par la culture de quelqu’un d’autre ? Faite-vous juste une simple copie  ou etes-vous vous en train détourner cette culture ? Mettez-vous simplement dans les chaussures d’une personne de la culture en question. Imaginez-vous ce que peut ressentir cette personne à l’idée de vous voir habillé en une version caricaturée d’elle pour halloween.

Susan Scaridi prévient : Le choix d’un déguisement est avant tout individuel et dépend de son échelle de valeur. Posez vous quelques questions simple : Suis-je à l’aise à l’idée de porter ce costume ? Est-ce gênant ? bizarre ? Est-ce que cela va interpeller des gens ? Choquer ? Finalement c’est à vous de voir.

Et pour les enfants ?

L’auteure précise qu’il n’est donc jamais trop tôt pour apprendre à un enfant la politesse, il en va de même pour le respect des autres cultures.
La question s’est notamment posée à la suite de l’arrivée en magasin d’un costume du demi-dieu Moab issus du dessin annimé Vaiana. Il est essentiellement composé d’une fausse peau noire tatouée et avec un petit bout de tissu au milieu.

Le costume de Maui accusé d'être une version Disney des blackfaces
Le costume de Maui accusé d’être une version Disney des blackfaces

La chose la plus dure pour les parents est de naviguer dans la complexité du monde qu’ils connaissent tout en prenant en compte le monde idéalisé dans lequel leurs enfants évoluent. Là où nous pouvons détecter un problème éthique un enfant, lui ne verra qu’un héros, aventureux courageux et féérique.

Moral de l’histoire

Susan Saridi conclut “L’idée même du déguisement, c’est la transgression. Faire tomber les barrières du temps, de l’espace, des générations, mais aussi des cultures !”.

“Si nous vivions dans un monde parfait, nous pourrions nous habiller les uns comme les autres sans risquer d’offenser. Mais il y a des réalités historiques et les problèmes de la société actuelle”

L’idée ici n’est pas de tuer la fête mais surtout d’ouvrir le débat sur notre société. Notre génération a sans doute l’indignation facile et un penchant pour le politiquement correct. Néanmoins si notre seuil de tolérance a diminué, c’est aussi parce que le contexte économique et social n’a rarement été si tendu.

Le débat est ouvert, laissez un commentaire 😉

 

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